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Le déni de réalité

Le déni de réalité

Posté le mercredi 18 novembre 2020 à 16:40:24

S'il est un mal qui ronge nos sociétés dites ''modernes'', c'est bien le déni de réalité qui prend une ampleur inédite depuis l'avènement des réseaux sociaux laissant libre court à toutes les fausses nouvelles possibles et imaginables. Jusqu'à présent, c'était surtout l'affaire de la politique, mais depuis la pandémie de COVID-19, cela prend une tournure planétaire, affectant tous les étages de la société, mais également la science, ce qui est particulièrement préoccupant. Quand en octobre 2020, on voyait dans les médias des affirmations farfelues de professeurs d'université patentés niant la réalité d'une seconde vague épidémique, on finit par s'interroger sur le mécanisme psychologique de tels individus, jetant le trouble sur toute une communauté. Comment des gens éduqués, certainement intelligents, en arrivent à être aveugles sur des faits objectifs, alors qu'ils sont censés être des experts dans le domaine.

Cela soulève de nombreuses questions: qu'est-ce que la réalité, l'objectivité ? la rationalité n'est-elle qu'une illusion par un formatage cérébral ? On pense alors à Galilée observant les planètes et concluant que la Terre comme celles-ci tournent autour du soleil, contre le dogme établi de l'époque. Mais il reste encore aujourd'hui de nombreuses personnes niant cette réalité, et affirmant que la Terre est plate et le centre du monde, parce qu'on ne pourrait pas démontrer le contraire (en fait si, avec la précession du fameux pendule de Foucault, à voir au Panthéon à Paris). Si le doute est le moteur de la démarche scientifique, le déni de réalité est le fossoyeur de celle-ci, puisqu'il met sur un même plan ceux qui cherchent par une démarche logique complète à démontrer la réalité des faits et ceux qui, au nom d'une démarche également logique, mais en apparence seulement, contestent ces mêmes faits, sans avoir été au bout de leurs raisonnements et cherché la faille toujours possible. En sciences, il faut être humble, accepter l'erreur, car elle fait partie intégrante du processus de la connaissance.

Après quelques recherches sur Internet, j'ai trouvé un bel exemple simple et amusant sur le déni de réalité. Voici cinq affirmations concernant la boisson et la santé, sujet très sensible et objet de nombreuses dérives :

Vodka + glaçons = attaque les reins.
Rhum + glaçons = attaque le foie.
Gin + glaçons = attaque le cerveau.
Whisky + glaçons = attaque le coeur.
Ricard + glaçons = attaque la vue.

Les glaçons sont donc dangereux pour la santé ! La conclusion semble évidente et imparable pour certains, mais elle est fausse de toute évidence ! Pour les personnes ne prêtant pas attention et persuadées que l'on est dans un complot pour limiter leur liberté de boire, le spécialiste affirmant que c'est l'alcool le vrai danger, et non les glaçons, serait placé sur le même plan que la personne en déni de réalité affirmant de son côté que c'est le glaçon la source du danger, puisqu'il y a répétition. Il ne faut pas confondre corrélation et causalité, un piège bien connu. La question de fond est alors : comment convaincre ? Dans le cas présent, c'est assez simple en apparence :

Eau + glaçons = n'attaque aucun organe.

Mais encore faut-il que cette expérience soit vécue par la personne habitée par le doute, et que son résultat soit aussi acceptée par celle-ci ! Rien de moins certain. Il se trouvera toujours quelqu'un pour affirmer que l'eau et les glaçons constituent un danger, sous de fallacieux prétextes, et la personne rationnelle sera suspectée de collusion avec des pouvoirs occultes, alors qu'on est exactement dans la situation inverse.

En sciences, de fausses affirmations sont possibles, voire même acceptées, à condition que celles-ci puissent être contestées sur une base honnête, c'est-à-dire rationnelle (processus déduction-induction). Si les interlocuteurs en plein déni de réalité ne sont pas honnêtes ou simplement incapables d'avoir un raisonnement rationnel, la tache semble perdue d'avance, car il est impossible de convaincre, même avec les meilleurs et plus solides arguments, de la justesse de son opinion.

J'en ai fait l'expérience sur les réseaux sociaux. Un des pires à ce sujet est LinkedIn, qui regorge de personnes diplômées propageant de fausses informations. L'écologie, le climat, l'énergie, l'économie et la santé sont les principaux domaines dans lesquels ce phénomène se propage comme une trainée de poudre, et curieusement, on ne trouve pas ce problème en mécanique quantique ou en relativité générale, domaines très techniques, pleins de conjectures ouvertes et de doutes, mais dans lesquels règne une démarche scientifique sérieuse, de tout bord. Par exemple, la fameuse question de l'existence de la matière noire : il y a deux églises, ceux qui croient en sa réalité (dont je ne fais pas partie) et ceux qui adhère à la théorie MOND (j'en suis plus proche), pour laquelle la loi de Kepler qui perdrait sa validité à longue distance sur la base d'arguments heuristiques cohérents. Même si les partisans des deux camps défendent à juste titre leurs choix, ils le font de manière loyale, c'est-à-dire en restant objectif, en testant la cohérence des affirmations et des analyses, par la confrontation avec l'expérience, la fameuse réalité, et la cohérence générale des modèles, jusque dans leurs fondements. Démarche indispensable. Si croire est nécessaire pour avancer dans le développement des idées, l'erreur n'est jamais une faute tant que la démarche s'inscrit dans une logique d'objectivité basée sur des méthodes rigoureuses et reproductibles par tous.

Pour les cinq sujets qui font l'objet massivement de déni de réalité, l'écologie, le climat, l'énergie, l'économie et la santé, on tient peut-être le lien commun à ce problème : l'influence sur la vie des Hommes. Le déni de réalité se développe sur des sujets pouvant amener à un contrôle des populations, donc des libertés. Il ne s'agit pas d'un hasard, et le problème est la manipulation des masses pour mieux les contrôler. Le déni de réalité est l'avatar de la volonté de contrôle, c'est donc un problème politique et non scientifique. On ne peut donc pas lutter avec la science pour contrer le déni de réalité, puisqu'il ne s'agit pas du même champ d'action. Il est donc vain de vouloir convaincre avec des arguments objetcifs, et c'est une des raisons pour lesquelles, par lassitude, j'ai quitté, sans aucun regret, le réseau LinkedIn. Je reste sur FaceBook pour les copains, mais pour le reste, on est souvent dans la croyance divinatoire, enrobée dans un mélange des genres souvent douteux. La COVID-19 est un exemple frappant, notamment avec les débats foireux sur certains hypothétiques traitements, objets de tous les fantasmes les plus délirants de la part d'ignorants pour la plupart mais aussi de spécialistes, sans jamais que l'on n'ait pu justement démontrer et surtout reproduire indépendamment leurs efficacités.

Dans un tel contexte, la tentation est grande de se replier sur soi. Le fameux siècle des Lumières a permis aux Hommes de se détacher progressivement de croyances millénaires (cf. Sapiens d'Harari), une autre forme déni de réalité, et finalement, avec les outils venant de la science rationnelle elle-même, l'Homme replonge encore plus fort dans ce travers, avec une religiosité agnostique encore plus dangereuse que celle issue des textes monothéistes. Quand on tue au nom d'un Dieu, on est à fond dans le déni de réalité pour ceux qui suivent et amplifient le phénomène, mais derrière, il y a une vraie tentative de manipulation, pour le contrôle de la pensée et des libertés. L'Homme est vraiment malade du contrôle des autres, comme si les problèmes propres à son existence individuelle ne lui suffisait pas, et qu'il devait imposer aux autres sa propre vision du monde, ses propres règles, en niant le droit aux autres d'avoir également des idées objectives basées sur la réalité des faits. La politique est de ce point de vue très fragile vis-à-vis du déni de réalité, et les errements économiques français en sont un bel exemple. Le pays s'enfonce par une mauvaise gestion très étatisée et dirigiste, et la seule réponse entendue dans les médias et par de nombreuses personnes, de bonne foi pour la plupart mais avec une connaissance économique minimale, est d'accentuer ce dirigisme pour corriger l'inexorable déclin économique français. On soigne le mal par le mal, ce qui va mal se terminer de toute évidence, par un appauvrissement général de la population, qui en redemandera, jusqu'à l'effondrement complet du système. Mais que de dégâts inutiles entre temps...

On voit là pointer la seule réponse possible au déni de réalité : la patience ! Car le déni ne dure qu'un temps, et la réalité finit toujours par éclater, comme l'URSS après 70 ans de communisme. En sciences comme ailleurs. Il faut être très patient, car le processus est long, et peut traverser de nombreuses générations. Les mensonges sciemment annoncés seront balayés, comme l'ont été les affirmations sur la réalité de la deuxième vague pour la COVID-19, sur les charmes de l'économie étatisée avec l'appauvrissement général de la population qui devient de plus en plus ingérable, sur les traitements fallacieux comme l'homéopathie, sur l'énergie et le climat, et j'en passe... Concernant ce dernier, s'il y a des réalités objectives sur le réchauffement et son interprétation, il reste des doutes sur les extrapolations. Les souligner, c'est se ranger de fait dans le camp des sceptiques, honnis par principe, car l'affaire est devenue religieuse, presque irrationnelle, alors que sur un sujet éminemment technique et complexe, le doute devrait être un moteur pour la curiosité, et susciter au contraire un réel enthousiasme. Dommage pour des scientifiques qui dévoient leur propre métier, comme pour la COVID-19, et créent des églises qui n'aident en rien à comprendre et résoudre les problèmes qui se posent.

Le déni de réalité est une affaire de politique et de croyance. La science doit être ferme avec les promoteurs de cette perversion et les rejeter car tout dialogue est biaisé par définition, sans issue possible. La patience est la seule arme pour lutter contre ce fléau, car la réalité objective finit toujours par l'emporter. Le seul souci, et pas des moindres, et que le déni de réalité est la cause de beaucoup de misères humaines. Et la connaissance et l'éducation ne sont de toute évidence pas non plus la garantie de l'ouverture d'esprit et de l'objectivité, même si elles y contribuent. Les affirmations pathétiques de certains prix Nobel sont de ce point de vue affligeantes. L'humanité est dans de sales draps mais c'est consubstantiel à la nature humaine malheureusement. Il faut savoir vivre avec la tentation obscure, et garder en soi la flamme qui fait la grandeur de l'Homme. ...

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